C'est à l'occasion de la journée mondiale de la sensibilisation à l'autisme que l'on prend conscience de l'importance d’élever la voix de ceux qui n'ont souvent pas l'opportunité de s'exprimer. En France, environ 700 000 personnes sont concernées par ce trouble selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), représentant une personne sur 100. Malheureusement, moins de 10 % des adultes autistes sont diagnostiqués, et le déséquilibre entre les genres est flagrant : pour chaque femme diagnostiquée, quatre hommes le sont également. Alison Daubresse, une réalisatrice de Charente-Maritime et elle-même atteinte du trouble Asperger, s’emploie à changer cela grâce à son court-métrage intitulé 'Au-delà des normes', où elle combine sa vécue personnelle avec la fiction.
Originaire du Loiret, Alison a déménagé en Charente-Maritime à l'âge de 7 ans. Son parcours scolaire, parsemé d'obstacles, la mène à ne pas passer son baccalauréat. Ce n'est qu'à 19 ans qu'elle reçoit enfin un diagnostic : elle est autiste Asperger. "Quand la psychiatre m'a dit cela, je me suis demandé ce que cela pouvait bien signifier, mais j'ai compris que j'étais simplement différente. J’ai toujours joué seule, les jeux d'équipe ne m’attiraient pas, et cela a enfin pris sens", raconte Alison.
L'autisme, une vision différente du monde et non une maladie
Elle a suivi de nombreuses formations — en hôtellerie, secrétariat médical, escalade et même guide touristique — avant de se concentrer sur ce qui l'anime vraiment : la photo et la vidéo. "Je voulais travailler à mon compte, loin des contraintes d’un patron. C'est ainsi que j'ai décidé de me lancer dans la photographie et la vidéo", dit-elle. Un héritage familial peut-être, puisque sa passion pour le cinéma lui vient de son grand-père, projectionniste et cinéaste amateur.
À 31 ans, Alison réalise son premier court-métrage de 7 minutes, 'Au-delà des normes', où elle partage son expérience. "Ce n'est pas une maladie, mais une façon différente de voir le monde. Les personnes autistes ont des intérêts spécifiques et des difficultés à interpréter les codes sociaux, cela fait partie du spectre", souligne-t-elle.
« Ce n'est pas pris au sérieux quand on est une femme »
Son but est avant tout de rendre visible l'autisme chez les femmes, encore souvent mal compris. "Quand une fille fait une crise, c'est perçu comme un caprice, alors qu'un garçon sera étiqueté comme hyperactif. Les recherches ont principalement été menées sur des hommes, ce qui entrave la reconnaissance de l'autisme chez les femmes", regrette-t-elle.
Depuis la diffusion de son court-métrage dans des festivals parisiens et des cinémas du sud-ouest, Alison a reçu de nombreux retours de femmes s'identifiant à son parcours. Le film a même attiré l'attention au niveau international, puisque le diffuseur américain 7 Palms Entertainment a acquis les droits du film, avec l'objectif de le diffuser sur des grandes plateformes telles qu'Amazon. Une belle victoire pour cette réalisatrice engagée, qui s'efforce de démontrer qu'il est possible de vivre au-delà des normes.







