L'outil d'analyse politique s'avère aussi éclairant que préoccupant. Depuis 1984, Le Monde astucieusement s'emploie à dresser un baromètre du Front national, devenu Rassemblement national (RN). Ce travail sur le long terme permet d'évaluer la montée de l'extrême droite dans la politique et la société françaises. La dernière édition, révélée en janvier, présente un état des lieux alarmant : le RN n'a jamais été si puissant.
Par des provocations suivies d'une banalisation de ses idées, et grâce à des victoires électorales, le parti, fondé par Jean-Marie Le Pen, a réussi à s’intégrer dans le paysage politique. Actuellement, plus de 66 % des sondés croient en sa capacité à accéder au pouvoir, un chiffre qui illustre son ascension. L’inquiétude face à cette possibilité a considérablement reculé, avec seulement 41 % des personnes interrogées qui perçoivent le RN comme un danger. Pire encore, une majorité le voit comme un acteur positif pour la réindustrialisation de la France et pour des thématiques telles que le pouvoir d'achat.
Le contexte politique français se fragmente et cette dynamique semble s'accélérer. De 2018 à aujourd'hui, la part des électeurs en désaccord avec les idées du RN est tombée de 70 % à 44 %. Des propositions telles que l'interdiction du voile islamique dans l'espace public sont désormais bien acceptées, et la préférence nationale dans les allocations familiales trouve un écho favorable. Ce virage inclut des segments de la gauche et vise même des électeurs plus âgés, qui deviennent ainsi des vecteurs de l'ascension du RN.
À l'aube d'échéances électorales décisives, où des démocraties comme celles des États-Unis ou de la Hongrie montrent des signes d'affaissement, le RN semble en bonne position pour envisager l'accession au pouvoir. Cependant, le scrutin présidentiel de 2027 n’est pas encore une certitude. Les élections législatives de 2024 témoignent d'un désir de résistance au sein de la population. Une participation accrue et l'émergence d’un front républicain dans de nombreuses circonscriptions montrent la volonté d'union contre les idées de l'extrême droite.
Contrairement aux élections de 2022, où la guerre en Ukraine a largement occulté la campagne, les électeurs méritent un débat politique où toutes les questions seront abordées. Ce débat devrait permettre de déconstruire les promesses illusoires du RN et proposer des alternatives viables. Avec une attention particulière aux influences étrangères et aux polémiques souvent instrumentalisées, il reste moins de 15 mois aux leaders politiques pour se préparer à cette confrontation essentielle.
Selon des analystes politiques, si le RN continue de capitaliser sur les inquiétudes économiques et sociales, en se présentant comme une solution, la bataille pour 2027 pourrait bien être plus intense que jamais. Les experts soulignent l'importance d'une campagne claire, fondée sur des propositions concrètes pour stopper cette dynamique inquiétante.







