Éditorial. 1er mai, un enjeu controversé

Le gouvernement face à la résistance autour du travail le 1er mai, symbole des luttes sociales.
Éditorial. 1er mai, un enjeu controversé
Stéphanie Lacaze, journaliste à « Sud Ouest » et éditorialiste. © Crédit photo : Thierry David / SO

Si l’on regarde l’horizon de dix mois jusqu’au prochain 1er mai, la question se pose : y a-t-il vraiment une urgence à faire passer un projet de loi qui permettrait d’étendre le travail en ce jour symbolique ? Pendant que l’affaire Lyhanna révèle les lacunes de la justice dans la protection des mineurs et alors que le projet de loi de finances pour 2027 prévoit des coupes drastiques, persister dans ce projet, qui avait déjà suscité des tensions, semble relever plus de l’obstination que d’une réelle nécessité du gouvernement.

Mardi, le Sénat a adopté à une large majorité (229 voix pour, 110 contre) un texte stipulant que les boulangers-pâtissiers et fleuristes peuvent faire travailler leurs salariés "volontaires" le 1er mai, avec un double salaire, sous conditions d’accord de branche. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, présente cela comme une "clarification". Le Code du travail permet en effet à certains établissements de fonctionner ce jour-là, mais sans spécifier les métiers concernés, alimentant ainsi des interprétations variées.

Le 1er mai, symbole de luttes ouvrières, se voit menacé par une commercialisation accrue.

Pour les syndicalistes et les partis de gauche, ce projet constitue une brèche dans le droit du travail, menaçant une conquête sociale essentielle. Ce jour n’est pas comme les autres ; il est le seul jour férié obligatoirement chômé, intégralement payé par l’employeur. Héritier du mouvement des ouvriers de Chicago de 1886, et tragiquement associé aux événements de Fourmies en 1891, le 1er mai symbolise de profondes luttes pour la justice sociale. Les syndicats s’inquiètent de voir ce jour réduit à une simple journée commerciale, une banalisation inacceptable, selon le secrétaire général de la CFDT Agri-Agro.

Le climat s'annonce déjà tendu lors du passage du texte à l’Assemblée nationale, prévu pour septembre. Quel intérêt pour le gouvernement de persister à faire adopter un projet aussi fragile sur le plan substantiel, mais aussi chargé idéologiquement ? Peut-être une volonté de relâcher un cadre du droit du travail jugé trop restrictif ou simplement de provoquer un climat de tension.

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