Les cris de « Polony, présidente ! » résonneront sûrement dans les rassemblements souverainistes lors des prochaines élections présidentielles. Bien que l'ex-directrice de Marianne ne se déclare pas candidate, son ouvrage récemment publié présente des propositions audacieuses pour redresser une France que l'Europe a en partie laissée à l'abandon.
Natacha Polony, âgée de 51 ans et ancienne enseignante, se positionne avec force dans la sphère publique. Loin de se limiter à son thème de prédilection, l'éducation — abordé en quelques pages —, elle élargit son propos pour proposer un véritable programme souverainiste. L’essai s’inscrit dans un contexte où, après une décennie marquée par un macronisme souvent familier du modèle anglo-saxon, la France fait face à des défis alarmants, tels qu’un PIB par habitant en déclin et un déséquilibre démographique préoccupant, avec des décès surpassant les naissances.
Contre l’Europe et le globish
Polony réclame un changement radical : elle appelle à « mettre entre parenthèses les règles européennes » pour réindustrialiser le pays et garantir la souveraineté alimentaire, qu’elle décrit comme « l’enjeu majeur de la décennie ». Elle dénonce un système économique qui privilégie l'importation alimentaire, au détriment de l'agriculture française, et pointe les contradictions des politiques environnementales. L’idée est claire : il est temps de privilégier les produits locaux au lieu de se satisfaire d’une consommation à bas prix.
Elle souhaite également réformer le système éducatif, plaidant pour un retour à des standards plus exigeants, et critique la domination des idées wokistes sur l’enseignement. « C’est depuis que l’on aborde l’école sous l’angle des inégalités sociales qu’elle est devenue de plus en plus inégalitaire », déclare-t-elle. Ainsi, elle propose l’installation d’un concours d’entrée à l’université, et s’interroge sur l’avenir des mathématiques face aux critiques qui les accusent de véhiculer des biais culturels.
Bifurcation souverainiste
La question se pose : Natacha Polony pourrait-elle capitaliser sur un vide politique ? Si Marine Le Pen est contrainte de se retirer et que Jordan Bardella adopte une ligne plus libérale, il est probable que la voix de Polony se fasse davantage entendre. Elle envisage même de modifier l’article 55 de la Constitution par référendum afin de rendre le législateur national plus indépendant par rapport aux traités internationaux. Pour elle, la vision actuelle du conflit en Ukraine est sans illusion : une défaite semble « probable ».
Qui pourrait se ranger sous sa bannière ? Plusieurs figures politiques, comme Guaino, ou des agriculteurs lassés par le Rassemblement National, pourraient être des alliés. Pourtant, Polony devra aussi se doter de propositions plus accrocheuses sur des sujets tels que l'immigration ou l'islam, afin de capter l’intérêt des médias et du grand public. Bien que son livre soit un véritable manifeste pour la souveraineté, elle reste, pour l’heure, en dehors du ring électoral.
La France corps et âme, Natacha Polony, Plon, 2026, 193 pages.







