Deux ans après les soulèvements populaires en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, la justice a annoncé, le 5 juin, un non-lieu général en faveur de quatorze militants de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), comme l'a rapporté Franceinfo. Parmi eux se trouve Christian Tein, figure incontournable du mouvement décolonial kanak, qui a été incarcéré « dans des conditions indignes » à Mulhouse.
Cette décision met un terme à une longue série d'accusations jugées infondées par les magistrats parisiens. « Il ne résulte pas de l’information judiciaire de charges suffisantes », ont-ils déclaré pour justifier leur arrêt.
Une victoire pour la CCAT
Les quatorze militants, dont le président du Front de libération kanak et socialiste (FLNKS), Christian Tein, avaient été accusés de diriger les émeutes qui ont frappé la Kanaky-Nouvelle-Calédonie en mai 2024. Interrogés par Franceinfo, les avocats de Tein, Florian Médico, Pierre Ortet et François Roux, ont salué « le travail considérable des magistrats instructeurs qui viennent de lui rendre justice ». Victime d'un transfert « dans des conditions indignes », il avait été libéré le 12 juin 2025 avant de trouver refuge à Nouméa.
Pour mettre en perspective la situation, il importe de rappeler qu’une enquête avait été ouverte par le parquet de Nouméa pour « complicité de tentatives de meurtres », « association de malfaiteurs » et autres accusations gravissimes. La Cour de cassation avait ordonné le dépaysement du dossier, attribuant la responsabilité à une ambiance judiciaire tendue.*
Ce procès est survenu en réaction à des manifestations massives de la CCAT, qui s'opposait au projet gouvernemental de dégeler le corps électoral calédonien. Alors que la CCAT n’a incité à aucune violence, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin qualifiait l'organisation de « mafieuse ». Les révoltes s'inscrivent dans un contexte plus large de frustration face à un système colonial, souvent souligné par des experts comme l'historien Pierre Anca. Ce dernier a déclaré à l’Humanité qu'il est crucial de comprendre que « la colère populaire trouve ses racines dans l’héritage colonial ».
Les personnes concernées se félicitent de cette issue mais demeurent prudentes. En effet, le parquet de Paris dispose désormais de dix jours pour faire appel de cette décision.







