Suspects ou victimes ? Trois jeunes Français, emmenés enfants en Syrie par leurs parents jihadistes, ont porté plainte auprès de la justice française pour crimes de guerre. Ils affirment avoir été contraints de rejoindre les rangs du groupe jihadiste Daech. Actuellement incarcérés en Irak, ces jeunes font partie des 5 700 détenus de diverses nationalités transférés récemment de Syrie à ce pays. La justice française, par contre, les considère également comme suspects dans des enquêtes antiterroristes.
Les avocats représentant ces jeunes, Mes Marie Dosé et Matthieu Bagard, ont exprimé leurs préoccupations face à cette situation. "Ces jeunes devraient être vus comme des victimes de guerre. Aucun enfant ne choisit d'être enrôlé, et la France viole les conventions internationales en refusant de les rapatrier", ont-ils déclaré à l'AFP.
Les avocats soulignent que ces jeunes, âgés de 11 à 12 ans à l’époque, ont été entraînés par leurs parents dans une zone de conflit, où ils ont subi des traitements inhumains dans une prison irakienne. "À la place de les considérer comme des victimes, la France les abandonne en les soumettant à des conditions dégradantes", affirment-ils.
Recherchés pour des infractions terroristes
La perception de la justice antiterroriste française est différente. Ces trois jeunes adultes sont activement recherchés en raison de leur parcours en Syrie pour l'EI et sont au cœur de plusieurs enquêtes portant sur des infractions terroristes, y compris des actes commis alors qu'ils étaient encore mineurs, selon des sources judiciaires.
Une plainte a été déposée début avril pour l’un d’entre eux, tandis que deux signalements ont été formulés pour les autres. Les faits qui les concernent portent sur l'enrôlement et la conscription de jeunes dans le cadre d'un conflit armé non international.
Des enfants "emmenés de force" par leurs parents
En 2015, Mehdi (prénom d'emprunt) n’avait que 12 ans lorsqu’il a été amené en Syrie par son père, un jihadiste notoire. D’après des documents cités par l'AFP, dès son arrivée, il a été exposé à des activités de propagande pour l'EI, prenant part à des missions d'information. Formé de ses 12 à 16 ans, Mehdi aurait été contraint de participer activement aux combats de l'EI.
Un sort similaire attendait Yacine et Sofiane (prénoms d'emprunt). Yacine a été emmené en Syrie par ses parents en août 2014 alors qu'il avait 11 ans. Son implication dans une vidéo de propagande avec une kalachnikov est documentée, montrant qu'il a été combattu avant d’être capturé par les forces kurdes. Sofiane, quant à lui, a été enrôlé à 12 ans dans la police de l'EI, comme l'a attesté sa sœur dans la plainte.







