Dominique Moïsi, géopolitologue reconnu et auteur de l’ouvrage Le triangle des passions, était l’invité d’honneur sur franceinfo ce samedi 4 avril.
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France Télévisions : Vous êtes un expert en relations internationales, avec un parcours qui inclut l'enseignement dans des institutions prestigieuses comme Harvard et Sciences Po. Votre livre soulève une interrogation essentielle : vivons-nous une période de chaos durable avec la guerre en Ukraine et l’élection de Donald Trump ou est-ce temporaire ? Cela nous amène à réfléchir sur l’actualité avec la recherche d'un pilote américain après l'abattage de son avion par l'Iran. Pensez-vous que cet événement pourrait modifier le cours du conflit ?
Dominique Moïsi : Effectivement, cet épisode est très significatif sur le plan émotionnel et stratégique. Il crée un récit dual pour Donald Trump : un potentiel retour héroïque avec la récupération du pilote, ou une mise en lumière désastreuse de la situation américaine. Cela pourrait indubitablement créer un point de bascule.
Ce type d'événement pourrait exacerber l'hostilité parmi les Américains déjà critiques envers cette guerre. Certains pourraient se demander : « Pourquoi persister dans cette direction alors que les promesses de victoire demeurent non matérialisées ? »
Les déclarations de Donald Trump demeurent intéressantes : il évite de mentionner l’avion abattu mais a diffusé un ultimatum menaçant visant le régime iranien. Que pensez-vous de cette communication ?
Ce silence autour du pilote est révélateur de sa psychologie. Il se rappelle de l’ancien candidat présidentiel John McCain, qui a été traité de manière méprisante par Trump lors de sa captivité au Vietnam. Sa menace ultime pourrait être une tentative de restaurer une certaine mesure de crédibilité dans ses décisions, mais cette stratégie d'ultimatums répétée peut rapidement nuire à son autorité.
En matière de rapports de force, qui semble dominer actuellement ?
Militairement, Américains et Israéliens continuent d'affirmer leur supériorité. Cependant, le fait que le régime iranien persiste représente une forme de victoire en soi. Une analogie peut être faite avec la guerre en Ukraine : pour les Ukrainiens, ne pas perdre était une forme de succès, et pour les Américains ainsi que les Israéliens, ne pas renverser le régime pourrait presque être perçu comme une défaite.
Quels éléments vous interpellent dans ce conflit ?
Ce qui m’interpelle surtout, c’est la nature aléatoire et mal préparée de cette guerre. Une erreur stratégique fatale initiale a été de considérer qu’en décapitant le pouvoir iranien, la structure d’autorité s’effondrerait. En négligeant la résilience d’un régime hermétique, qui a organisé sa survie durant plus de quatre décennies, cette vision s'avère profondément erronée.
Pour en revenir au sous-titre de votre ouvrage, est-ce que Donald Trump perçoit le chaos à venir ?
Je ne suis pas convaincu qu’il ait cette lucidité, mais il participe énormément à la réalisation de ce chaos. Les États-Unis, qui avaient été perçus récemment comme un facteur d’ordre international, semblent aujourd'hui basculer vers un principe de désordre.
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