La question de la mémoire collective s'accroît à travers les récentes décisions de l’ONU. Le 27 mars, une résolution a été adoptée, marquant un tournant pour les descendants de la traite négrière, mais soulevant aussi des critiques quant à la hiérarchie entre mémoires. Lorsque Élisabeth Lévy souligne dans sa chronique que « la spécificité de l’Occident n’est pas d’avoir pratiqué l’esclavage, mais de l’avoir aboli le premier », on y décèle une réflexion profonde sur les priorités mémorielles.
La résolution de l’ONU qualifiant l’esclavage et la traite transatlantique de "crime contre l’humanité" est présentée comme une avancée historique. Pourtant, des voix s’élèvent, la qualifiant de révisionniste. En effet, le texte n’aborde que l’esclavage transatlantique, ignorant ainsi les autres formes d’esclavage, notamment celles perpetuées dans le monde arabe ou à l’intérieur même de l’Afrique. Comme l’exprime un éditorial du Figaro, il existe un manque d’universalité dans la reconnaissance des crimes dont l’humanité a été témoin.
L’assemblée a vu, en plus, la majorité des pays européens choisir de s’abstenir, une décision qui peut paraître étonnante dans le contexte actuel. Seuls les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre cette résolution, illustrant ainsi des divergences fortes face à cette question de mémoire. L’obsession de la repentance, notamment en France, refait surface. La loi Taubira de 2001, par exemple, a déjà établi un précédent, se concentrant sur la traite transatlantique, sans envisager d'autres crimes relatifs à l'esclavage.
Cette dynamique rappelle des propos de Christiane Taubira, qui, dans une interview à L’Express, a évoqué la nécessité de ne pas trop évoquer l’esclavage arabo-musulman pour éviter de stigmatiser certains groupes. Une telle approche soulève des questions sur la manière dont les mémoires sont formulées et reconnues. Cette inconsistance se traduit par un malaise, non seulement pour ceux que l’on qualifie de "petits Blancs", mais aussi pour les descendants d’immigrés qui se retrouvent emprisonnés dans un récit victimaire.
Ce modèle de pensée ne leur rend pas service. Au contraire, il les enferme dans un ressentiment persistante, à travers le prisme de leurs ancêtres. Comme l'affirme la sociologue Nicole Dufour dans ses récentes études, « la vérité et la responsabilité sont essentielles pour avancer ». Si l’on respecte ces individus, il en va de notre devoir de leur offrir les vérités complexes du passé sans les travestir.
Chronique diffusée sur Sud Radio
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