« L’enjeu-clé » pour assurer la santé des travailleurs lors des fortes chaleurs est de finaliser, d'ici l'été 2027, une série d'accords au sein des entreprises, des discussions que l'État doit rendre obligatoires, a souligné Marylise Léon dans un entretien accordé au Monde le 2 juillet dernier.
« L’idée est d'avoir de véritables plans d'actions négociés d'ici le printemps 2027 pour se préparer à l'été suivant », souligne la syndicaliste.
Le nerf de la guerre se situe dans les documents uniques d'évaluation des risques professionnels (DUERP), qui doivent être présents dans toutes les entreprises et qui identifient les dangers auxquels les salariés sont exposés.
« Actuellement, les canicules ne sont pas considérées comme un risque structurel, avertit Isabelle Mercier, secrétaire nationale CFDT, dans une interview accordée à BFM Business. Ce n’est pas systématique et la question est souvent traitée de manière ponctuelle. »
Marylise Léon exprime son inquiétude face à l'engagement insuffisant des entreprises sur cette problématique. « Elles doivent comprendre que certaines tâches deviennent insupportables sous un certain seuil de température et agir en conséquence en suspendant ces activités. Malheureusement, pour certaines d'entre elles, la rentabilité passe avant la santé des employés », déplore-t-elle.
Des amendes de 30 000 euros pour les négligents
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a plusieurs fois mentionné son intérêt pour le modèle espagnol en matière de horaires de travail et de pauses. Marylise Léon propose d'aller encore plus loin.
« L'exemple espagnol peut servir de modèle, cela a permis d'instaurer un dialogue constructif entre acteurs et d'appliquer des sanctions, avec des amendes pouvant atteindre 30 000 euros pour les employeurs exposant leurs salariés à des risques importants », insiste-t-elle.
« Il est crucial de mettre en place un système de contrôle et d’obligation », plaide Isabelle Mercier, qui souligne la nécessité d'un renforcement des moyens de l’inspection du travail, notamment dans les secteurs à risque comme les transports, le travail extérieur, et dans les grandes installations industrielles.
Il est également essentiel de ne pas oublier les travailleurs dans des situations précaires, tels que les livreurs à vélo ou les travailleurs saisonniers. Marylise Léon rappelle que les donneurs d'ordres doivent prendre en compte la santé de toutes les équipes présentes sur un site, y compris celles sous-traitées, comme les équipes de nettoyage.
Accélérer les négociations
Ces discussions « ne peuvent pas se faire depuis Paris », insiste la dirigeante de la CFDT. Les syndicats et le patronat doivent s'engager activement, mais l'État a aussi un rôle crucial à jouer en rendant ces discussions obligatoires.
Les semaines à venir seront cruciales. La CFDT se réunira le 3 juillet avec les représentants de divers secteurs pour préparer les prochaines étapes.
Un groupe paritaire sera établi à l'automne par le ministère du Travail pour mieux anticiper de futures crises, alors qu'Isabelle Mercier compte sur les prochaines conférences concernant le travail, l'emploi, et les retraites pour faire avancer ce sujet. « Nous ne pouvons pas traiter cette question comme une nouveauté à chaque fois, et continuer à improviser comme nous le faisons actuellement », conclut-elle.







