La France et son commerce extérieur : un système en déroute

Découvrez les défis du commerce extérieur français et les solutions proposées par François David.
La France et son commerce extérieur : un système en déroute

François David, ancien président de la Coface, apporte un éclairage sur la détérioration du déficit commercial français, soulignant l'importance d'une réforme en profondeur.

Valeurs actuelles : Quel est l'état actuel du commerce international français ?

François David. Pour le dire simplement : la situation est préoccupante. La France, malgré son statut de puissance économique, a vu sa part des exportations mondiales diminuer face à l’émergence de nouveaux acteurs sur la scène internationale. En dépit de cela, elle demeure classée parmi les six plus grands exportateurs globaux. Le revers de la médaille est ce déficit commercial persistant, exacerbé par une tendance à la déconnexion des réalités industrielles, notamment l'importance croissante du secteur des services, souvent en délaissant d'autres secteurs clés.

Depuis 2017, la situation s’est-elle dégradée ? Emmanuel Macron affirme que la réindustrialisation est en marche.

La réindustrialisation est un processus long et complexe. Le plan France 2030 est ambitieux, mais les résultats ne seront pas visibles immédiatement. La formation d'une main-d'œuvre qualifiée est essentielle, ce qui nécessite du temps. De plus, la France peine à rivaliser avec les investissements massifs réalisés dans des pays comme les États-Unis.

Quels secteurs français nuisent à notre commerce extérieur ?

Certaines productions ont disparu de notre territoire. De nombreux produits électroniques, vêtements et autres biens de consommation font maintenant l’objet d’importations massives. Les choix de consommation sont souvent orientés par des considérations de prix, ce qui fragilise notre savoir-faire local. Des marques comme Shein en sont un exemple frappant.

La balance commerciale agricole est également préoccupante.

2026 risque de marquer une première dans l’histoire avec une balance agricole négative. Le faible pouvoir d’achat est l’une des causes majeures, le consommateur étant souvent tenté par des produits étrangers à bas coût. En parallèle, la bureaucratie française rajoute des contraintes qui compliquent la vie des agriculteurs, réduisant ainsi notre compétitivité.

Quelles pistes proposez-vous pour corriger ce déficit commercial ?

Le déficit commercial, qui ne date pas d’aujourd’hui, s’est accentué depuis les années 2000, période marquée par une désindustrialisation et un affaiblissement du soutien à l’exportation. Avant ce tournant, la France bénéficiait d’un cadre solide avec une administration dédiée, comme la DREE, qui a été dissoute, entraînant une perte des interlocuteurs stratégiques pour les entreprises. Nous sommes devenus l'un des rares pays de l’OCDE à ne plus avoir une vraie structure pour aider les exportateurs.

Ce déclin est-il lié à des décisions gouvernementales récentes ?

Effectivement, la perte d’autonomie de l’administration en charge du commerce extérieur a eu des conséquences directes sur notre capacité à soutenir efficacement nos entreprises dans leur démarche exportatrice. Les changements de gouvernance, sous François Hollande puis Emmanuel Macron, n'ont pas permis d'améliorer la situation, et il est essentiel de revenir à une approche proactive.

Le ministre des affaires étrangères a-t-il un rôle dans cette dynamique ?

Le Quai d’Orsay, même sous l'impulsion de François Hollande, n’a pas su prendre le relais sur l’exportation. Emmanuel Macron a opté pour un maintien du commerce sous l’égide du ministre des Armées, sans réelle expertise dans ce domaine. La situation actuelle reste émergente et nécessite une réévaluation de nos priorités politiques.

Votre rencontre avec Vladimir Poutine a-t-elle influencé votre vision ?

En tant que président de la Coface, j’ai eu l’occasion d’échanger avec des leaders mondiaux, dont Vladimir Poutine, dont le comportement autoritaire était révélateur des tensions géopolitiques en jeu. L'absence d'un bureau à Moscou à cette époque était une décision prudente, reflétant les risques liés au climat d'incertitude. Ces expériences renforcent ma conviction que le soutien à nos entreprises exportatrices doit être au cœur de notre politique économique.

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