Un âge légal confirmé, mais un âge d'équilibre contraignant
Le texte de réforme présenté à l'Assemblée nationale confirme ce qui est déjà en vigueur : l'âge légal de départ reste fixé à 62 ans. En réalité, la nouveauté majeure réside dans l'introduction d'un « âge d'équilibre » distinct, destiné à préserver la soutenabilité financière du système. Concrètement, il s'agit d'un âge de référence qui encourage les assurés à travailler plus longtemps via un système de pénalités et de bonus.
Le mécanisme prévu par l'article 10 prévoit une minoration (décote) pour chaque année d'écart entre le départ effectif et cet âge d'équilibre, et une majoration (surcote) symétrique pour ceux qui restent plus longtemps en activité. Le projet fixe ces coefficients à 5% par année, applicables à vie, mais renvoie la mise en œuvre précise à un décret.
Qui sera concerné et quelles exceptions ?
Pour la majorité des assurés, l'âge d'équilibre définira le point à partir duquel la pension vaut « plein tarif ». Toutefois, des dispositifs d'accès anticipé sont maintenus : les personnes ayant commencé à travailler très jeunes pourront toujours partir plus tôt au titre des carrières longues, et les salariés exposés à la pénibilité bénéficient de règles spécifiques dont les contours restent à négocier entre partenaires sociaux. L'article 28 réaffirme le maintien de ces dérogations, avec des conditions proches de celles en vigueur aujourd'hui (départ possible dès 60 ans pour les carrières longues).
En pratique, le maintien d'exceptions souligne la volonté du législateur de ménager des trajectoires différenciées selon la pénibilité et la durée de carrière, mais la portée réelle de ces mesures dépendra des textes d'application et des accords sociaux à venir.
Quel horizon pour l'âge d'équilibre ?
Historiquement, les simulations et rapports (notamment celui porté par Jean‑Paul Delevoye) avaient placé cet âge autour de 64 ans. Le dossier d'impact publié fin janvier propose des trajectoires plus tardives pour certaines générations : par exemple, l'exemple de la génération 1975 retient un âge d'équilibre à 65 ans, correspondant à un départ à taux plein après 43 années de cotisations, soit une configuration proche du système actuel pour une carrière complète.
La détermination et l'évolution de l'âge d'équilibre seront confiées à la nouvelle Caisse nationale de retraite universelle, qui devra arbitrer en fonction des projections financières et, à défaut d'accord, faire évoluer cet âge au rythme des gains d'espérance de vie à la retraite. Autrement dit, l'âge effectif de référence pourra augmenter au fil des décennies, comme l'ont déjà fait plusieurs pays européens qui ont relevé leurs bornes légales vers 65–67 ans.
Au‑delà des chiffres, la réforme relance un débat politique et social essentiel : faut‑il privilégier l'allongement de la durée de cotisation, l'augmentation des recettes (cotisations) ou un relèvement progressif des âges pour garantir l'équilibre des régimes ? Les choix qui seront arrêtés détermineront l'âge moyen réel de départ dans les années à venir et auront un impact direct sur les pensions et sur l'emploi des seniors.
En somme, maintenir 62 ans comme âge légal n'exclut pas une montée effective de l'âge de départ pour obtenir une pension complète. Entre mécanismes d'incitation financière, exceptions pour carrières longues et arbitrages futurs de la Caisse nationale, l'évolution réelle dépendra autant des décisions réglementaires que de l'évolution démographique et économique du pays.







