Face aux fake news, la France en quête de discernement : une étude troublante

La majorité des Français peinent à déchiffrer la désinformation, selon une étude révélatrice.
Face aux fake news, la France en quête de discernement : une étude troublante
Fake news : 89 % des Français sont dépassés face à la désinformation DR

Essentiel

Une étude réalisée par Ifop pour Cision jette un éclairage inquiétant sur la perception des fake news en France : 89 % des Français se disent vulnérables face à cette désinformation. Avec un score moyen de 5,4/20 à un quiz destiné à évaluer leur capacité à déceler les contenus trompeurs, il est clair que la lutte contre les fausses informations reste un enjeu urgent pour la société.

Aucune tranche de la population n’échappe à cette tendance inquiétante. En effet, les résultats montrent que toutes les catégories sociales, régions et orientations politiques se heurtent à des difficultés similaires pour déchiffrer les informations. L’étude met ainsi en exergue le caractère systémique de la désinformation, où la prolifération des sources d’information, telles que les réseaux sociaux, les contenus générés par l’intelligence artificielle et l'influence des médias, complicent le discernement.

Des différences notables émergent selon les groupes. Par exemple, la Génération Z semble moins affectée, avec des scores compris entre 6,3 et 6,7/20. A contrario, les plus de 65 ans affichent une performance médiocre, avec une note de 4,8/20. Bien que ces résultats soient relativement meilleurs que ceux des autres générations, il n’en demeure pas moins qu’ils soulignent un niveau globalement insuffisant.

L'impact du temps passé sur les réseaux sociaux

Le rapport au temps passé sur les réseaux sociaux influe significativement sur les résultats. Les utilisateurs ceux passant moins de deux heures d'affilée sur ces plateformes obtiennent une moyenne de 5,6/20, tandis que ceux dépassant cinq heures tombent à 4,9/20. Cette corrélation démontre que plus le temps d'exposition est élevé, moins la capacité de discernement semble efficace.

En fonction du niveau d'éducation, on observe des variations marquées. Les diplômés de l'enseignement supérieur atteignent une note de 7,6/20, tandis que ceux sans diplôme plafonnent à 4,4. Les professionnels exerçant des métiers qualifiés affichent également des scores plus élevés, atteignant 7,3/20.

Géographiquement, la situation ne varie guère : les habitants de l'agglomération parisienne présentent une moyenne de 6,2/20, supérieurs à ceux des villes de province (5,3) et des zones rurales (5,1). Les populations des banlieues plus favorisées s'approchent même de 6,5/20, indiquant un impact non négligeable de la géographie sociale.

Sur le plan politique, les disparités sont également notables. Les sympathisants écologistes se démarquent avec un score de 8,1/20, tandis que ceux du Rassemblement National se placent en bas de classement avec seulement 4,3/20.

Les mieux notés lisent la presse

Les comportements informationnels jouent un rôle non négligeable dans les scores. Les mieux notés privilégient la lecture de la presse quotidienne nationale et les sources en ligne, avec des moyennes respectives de 6/20 pour la presse écrite et 6,3/20 pour Internet. Une constatation importante, qui indique que les canaux d'information choisis sont déterminants pour mieux évaluer les contenus.

Ce questionnaire a également mis en lumière une difficulté particulière : l’identification des contenus générés par l'intelligence artificielle. Une question du quiz a révélé que 97 % des participants répondaient mal ou pas du tout, soulignant une grande confusion vis-à-vis de ces images synthétiques.

Comme le souligne Thomas Huchon, journaliste spécialiste des fausses informations, « lutter contre la désinformation, ça s’apprend, et il est essentiel que chacun y contribue. Aucun d’entre nous n'est immunisé ». En écho à ses propos, Cyndie Bettant, responsable du projet Anti-fake news chez Cision, insiste sur l'urgence d'améliorer notre esprit critique : « nous devons élever nos barrières contre la désinformation, un fléau qui coûte plus de 400 milliards de dollars à l'économie mondiale ».

À l'approche de la Semaine de la presse et des médias organisée par le CLEMI, ces résultats prennent une résonance particulière, rappelant l’écart persistant entre exposition à l'information et les compétences nécessaires pour l’évaluer, dans un monde où les techniques de désinformation continuent de s'affiner.

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