« Je me faisais fumer. » Tels sont les mots de JoeyStarr, qui se confrontait à son ancien manager, Sébastien Farran, lors d'un procès s'ouvrant sur des allégations d'escroquerie datant des années 2010, comme rapporté par l'Agence France Presse (AFP).
Ce n'est pas qu'une simple affaire d'argent qui se joue, mais également une amitié brisée. Les accusations de signatures falsifiées, de chèques douteux et de gestion financière chaotique viennent assombrir les souvenirs d'une collaboration marquante, issue de l'âge d'or du rap français.
Pour JoeyStarr, ancien membre du légendaire groupe Suprême NTM, Sébastien Farran a utilisé sa naiveté financière contre lui : « il s’occupait de tout », prétextant son « aversion pour les chiffres ». Cet ex-manager a également géré Johnny Hallyday, preuve d’une compétence indéniable, mais à quel prix pour son ami ?
« Monsieur s’occupait de tout »
Le procès met en avant le désintérêt des rappeurs de l'époque pour les finances, permettant ainsi à des managers de prendre des libertés avec leur argent. « Monsieur », surnom de Farran, a effectivement pris les rênes du business à une époque où JoeyStarr n’était qu’un jeune graffeur en devenir. « Il a géré le business », a réaffirmé l’artiste.
Sébastien Farran, en réponse, a affirmé que les décisions étaient prises en concertation, et que JoeyStarr avait toujours été informé des mouvements financiers. « On signait absolument tout pour M. Morville, il ne signait rien. » Mais pour JoeyStarr, il y a eu une exploitation manifeste de sa confiance.
Leurs commentaires pendant le procès illustrent également un passage tragique d'une amitié profonde à une rupture douloureuse. Comme le souligne le président du tribunal, Guillaume Daïeff, « 26 ans de compagnonnage » trouvant un triste épilogue.
« Je me faisais fumer »
JoeyStarr décrit sa situation financière comme précaire à l’époque de leur collaboration. Les dettes accumulées, les salaires, ainsi que les engagements financiers dus aux annulations de tournées relèvent de la gestion chaotique le long des années. « Je ne l’ai pas lâché », défend Farran, tout en admettant que des signatures ont sans doute été falsifiées.
Les déboires financiers sont dépeints dans une lumière cru par l'ancien manager : « si Joey avait des besoins financiers, je me chargeais de les couvrir. » Mais cela se fait sans contrat, soulevant des interrogations sur l'intégrité des pratiques commerciales.
Dans ses déclarations, JoeyStarr confie, mélancolique, qu'il était souvent dans l'ignorance quant à l'origine de ses paiements. Cette méfiance n’a cessé de croître, confirmant ses soupçons d’une manipulation orchestrée.
« S’il avait des besoins financiers, je me chargeais de les couvrir. C’est comme ça qu’on fonctionnait », soutient Farran, tandis que JoeyStarr lui renvoie : « J’ai passé 25 ans de ma vie avec lui, j’ai tout fait pour lui, y compris m’enfumer correctement ».
Le procès, qui se concentre autant sur l’humain que sur les aspects juridiques, pourrait éventuellement mener à une amende significative pour Farran, comme l’a suggéré le procureur, matérialisant les conséquences de ce qui a été décrit comme une escroquerie.
La décision du tribunal est attendue pour le 23 février. En attendant, les souvenirs d'une collaboration mais aussi d'une traîtrise continuent de hanter ces deux figures emblématiques de la scène musicale française.







