“La sauvagerie dans les rues de Belfast.” Telle est la formulation choc retenue par le Belfast Telegraph dans son édition du 10 juin, après une nuit de violences survenue à Belfast. Un fait divers tragique, qui implique un demandeur d'asile soudanais, ravive les tensions autour de l'immigration en Irlande du Nord et a conduit à des attaques ciblées contre des logements occupés par des migrants.

Les événements se sont déroulés dans la nuit du 8 au 9 juin sur Kinnaird Avenue, où un homme dans la quarantaine a été grièvement blessé lors d'une attaque jugée particulièrement brutale par les forces de l'ordre. Le suspect, âgé de 30 ans et originaire du Soudan, aurait migré vers l'Irlande du Nord cette année, après avoir transité par Paris et Londres.

La police a décrit l'incident comme une tentative de “décapitation”. Le Belfast Telegraph rapporte que la victime pourrait subir des blessures irréversibles aux yeux, potentiellement la rendant aveugle. Grâce à l'intervention rapide d'un habitant armé d'une crosse de hurling, l'homme a été sauvé in extremis, évitant ainsi le pire.

À la suite de l'inculpation du suspect, des manifestations éclatent dans plusieurs secteurs d'Irlande du Nord. Différents rapports évoquent des routes bloquées ainsi que des véhicules incendiés à Belfast. Plus tard dans la soirée, des résidences occupées par des migrants ont été attaquées dans l'est de la ville, ce qui a entraîné des évacuations par les forces de l'ordre.

“Nous avons déjà bien assez d’horreurs en nous”

Cela fait un an jour pour jour depuis les violentes émeutes de Ballymena, qui avaient été déclenchées par l'arrestation de deux jeunes Roumains. Cette situation n'est pas sans rappeler les récentes tensions anti-immigration observées dans de nombreuses villes du Royaume-Uni et d'Irlande. Les appels à la sérénité ont été largement ignorés suite à cette terrible agression, comme le souligne un reporter du Belfast Telegraph.

La journaliste Suzanne Breen, qui a largement couvert le conflit nord-irlandais, met en lumière le fait que cette violence rappelle les décennies de Troubles, un cycle qui a coûté la vie à plus de 3 500 individus. Elle avertit : “Un crime commis par un ressortissant étranger ne signifie pas qu'il constitue une menace pour nos valeurs en Irlande du Nord. Nous avons bien assez de réalisations horribles dans notre histoire. Un acte isolé ne définit en rien l'ensemble d'une communauté.” Breen conclut que la violence au couteau n'est pas un phénomène nouveau à Belfast, mais qu'elle existe depuis longtemps, même si elle n'a pas toujours été mise en avant par les médias.