L'intervention du président du directoire de Canal + a provoqué une onde de choc au Festival de Cannes. Maxime Saada a annoncé qu'il ne collaborerait plus avec les 600 signataires d'une pétition, comprenant des figures telles que Juliette Binoche et Swann Arlaud.
Pour sa 79e édition, le Festival de Cannes se déroule sous un ciel tumultueux. Alors que la course à la Palme d’or bat son plein, une tension croissante a éclaté suite aux propos de Maxime Saada, président de Canal +, principal financeur privé du cinéma français.
Lors d'un brunch, Saada a réagi avec véhémence à une tribune publiée en début de festival, où 600 acteurs, réalisateurs et producteurs s'inquiétaient du contrôle grandissant de Vincent Bolloré sur UGC, l'un des principaux circuits de salles en France. Ce dernier, qui détient déjà un tiers des parts d'UGC, pourrait en prendre le contrôle total d’ici 2028, suscitant des inquiétudes quant à une dérive idéologique potentielle.
Les signataires de la pétition avertissent que Bolloré pourrait ainsi déterminer l’orientation des productions cinématographiques, mettant en péril la diversité. « Ce milliardaire mène un projet réactionnaire, ayant déjà influencé les contenus de ses chaînes comme CNews », s'alarment-ils, pointant que l’influence de son groupe pourrait s'accentuer.
La controverse n'est pas isolée ; elle s'inscrit dans un contexte plus général de mécontentement au sein des médias. Le collectif Zapper Bolloré a dénoncé les méthodes coercitives utilisées par Saada, irrespectueuses envers les équipes de Canal. Ils affirment que leur démarche n'était qu'une mise en garde contre les dérives potentielles du pouvoir de Bolloré dans le monde cinématographique.
Gaëtan Bruel, directeur du Centre national du cinéma (CNC), a exprimé son inquiétude face à cette situation décrite comme un « gâchis » pour le cinéma français, rappelant que la position de Canal + reste indispensable pour la diversité des films. Maxime Saada, dans son discours de huit minutes, a insisté sur l’engagement de Canal envers « tous les cinémas ». Mais en qualifiant les signataires de la pétition de « cryptofascistes », il a clairement imposé une séparation nette.
Canal + détient une influence considérable dans le paysage cinématographique français, finançant près de la moitié des productions. Avec 49 films soutenus lors de ce Festival, la menace d'une liste noire sur ces artistes pourrait avoir des répercussions significatives sur leurs carrières.
Des figures du monde artistique commencent déjà à s'interroger sur les conséquences de cette récente escalade verbale. Le débat sur l'indépendance créative à Canal + sera désormais à l'ordre du jour, incitant les acteurs à redéfinir les contours de leur collaboration avec le géant du cinéma. Alors que le festival continue, le ton est donné pour une bataille qui dépasse largement les simples enjeux d'un événement cinématographique.







