« Paralysie, incontinence, absences au volant… Proto : le plaisir peut vite tourner au drame ». Avec cette phrase marquante, le ministère de l’Intérieur a lancé le 7 avril une campagne nationale de sensibilisation contre l’usage du protoxyde d’azote. Une vidéo de 30 secondes montre une adolescente riant après avoir inhalé du gaz, avant de se retrouver en fauteuil roulant. Mais ces messages chocs touchent-ils vraiment leur public cible ? La réponse semble être non.
« Les campagnes choc souvent peu efficaces peuvent engendrer un effet contre-productif, en incitant certains jeunes à défier ces limites », analyse Benjamin Tubiana-Rey, de la Fédération Addiction. Des études, notamment une réalisée par l’Inserm, montrent que la peur ne suffit pas à changer les comportements. Au contraire, des messages positifs ont des effets durables.
Yohan Gicquel, maître de conférences à l’Université Paris-Saclay, partage cet avis. Selon lui, ces campagnes s’adressent avant tout à une opinion publique qui ne reflète pas les réalités des jeunes consommateurs. « Lors de mes entretiens, j’ai constaté qu’ils se moquent souvent de telles campagnes, perçues comme des caricatures déconnectées de leur quotidien », assure-t-il.
Adopter un discours adapté
Le ton et le vocabulaire des campagnes nationales ne résonnent pas avec ceux des jeunes. Tubiana-Rey cite l'exemple de la campagne « C’est la base » de Santé publique France qui a su utiliser un langage proche de celui de la jeunesse : « Inviter un ami à dormir chez soi s’il n’est plus en état, c’est la base ». Ce type d’approche pragmatique et positif est jugé plus efficace.
« Offrir des messages concrets et positifs a plus de chances de changer les comportements », explique Tubiana-Rey. Gicquel abonde dans ce sens : les campagnes les plus efficaces sont celles qui intègrent des messages de réduction des risques.
Réévaluation des comportements
Il est impératif de recentrer le discours sur le groupe et non sur l’individu. « Pour les jeunes, le défi est souvent de veiller à ce que les autres respectent des limites », souligne Gicquel, tout en proposant une nouvelle approche pour le protoxyde d’azote : « Si tu consommes, tu ne conduis pas », pourrait être un message fort.
Connaître les risques
Les campagnes devraient davantage inclure la voix de ceux qui ont souffert des effets négatifs du protoxyde. « Bien que la plupart des jeunes soient conscients des risques, ils se trouvent souvent dans un déni. Si personne dans leur entourage n’a éprouvé des conséquences graves, ils minimisent le danger », conclut Gicquel.
Il est crucial non seulement d’aborder les effets néfastes, mais aussi de comprendre la demande qui pousse les jeunes vers la consommation. Ils recherchent des sensations ou des façons d’évacuer le stress. « Il faut bâtir la prévention sur ces réalités, car lorsqu’ils inhalent du protoxyde, la mort n’est pas leur préoccupation », résume Tubiana-Rey.
Enfin, pour qu'une campagne ait un véritable impact, l'accès aux soins doit être aisé. Néanmoins, avec l'adoption récente de la loi Ripost, qui pénalise les consommateurs, l'accès aux soins pour les jeunes pourrait se voir compromis, un point de vue soulevé par Tubiana-Rey.







