L’Union européenne est souvent perçue comme le réceptacle de toutes les frustrations. Trop éloignée, complexe et normative, elle est fréquemment responsable de maux qui lui sont imputés de manière parfois injuste, voire hâtive. Cette tendance critique devient non seulement injuste mais aussi pernicieuse, comme l’a souligné l’enseignant Xavier Guiavarc’h.
Nous avons tendance, à force, à confondre l’Union européenne avec ses défauts, oubliant ainsi qu’elle est fondamentalement une construction politique exceptionnelle dans l'histoire – héritière de la Communauté économique européenne, elle est née d’un désir de paix et de coopération entre les nations. Loin de promouvoir des violences entre ses membres, elle vise au contraire à établir des relations basées sur le droit et la collaboration.
Il est crucial d'affirmer que l’Union européenne en tant que telle ne constitue pas le problème. Les véritables défis résident dans certaines dérives technocratiques et des compromis parfois excessifs. Réduire l’Union européenne à ces éléments, c’est diminuer sa valeur historique et sa mission.
Dans un monde qui semble de plus en plus brutal, l’Union européenne émerge comme une anomalie précieuse. Face au protectionnisme croissant des États-Unis, aux manœuvres stratégiques de la Russie, et à la montée en puissance de la Chine, elle continue de défendre une vision où le droit précède la force. Cette conviction n'est pas une faiblesse, mais un choix qui nous distingue. Jean-Claude Juncker, ancien président de la Commission européenne, a fait l'éloge de cette vision en déclarant que "l'Europe, c'est la paix".
Toutefois, cette cohérence doit impérativement être assumée. Imposer à nos agriculteurs des normes sociales et environnementales élevées tout en acceptant des produits ne respectant pas ces normes serait une contradiction insurmontable. Ce n'est pas un repli, mais un acte de justice sociale.
La colère et l’instrumentalisation
L’accord entre l’Union européenne et le Mercosur ne doit pas être considéré comme une fatalité, mais comme un appel à la vigilance. Comme l’affirme François Gattaz, président du MEDEF, "il ne faut pas craindre le commerce, mais y imposer nos règles de façon rigoureuse". Le Mercosur soulève des questions cruciales, notamment autour des normes écologiques et sociales, et il est impératif d'exiger des contrôles et des mécanismes de sanctions.
Des images récentes ont choqué, par exemple lors de manifestations agricoles où le drapeau européen a été traité avec mépris. Cette action, tournée en dérision, illustre une colère réelle, mais également la simplification et l’utilisation politique d’une détresse que l’on doit prendre au sérieux. Comme le souligne l'agriculteur Jean-Pierre Fleury, "ce n'est pas en piétinant le symbole de notre coopération que nous nous défendons".
Le débat doit aussi inclure une introspection sur nos contradictions en tant que consommateurs et distributeurs. Exiger excellence et durabilité tout en privilégiant les prix bas relève de l'absurde. Mettre en lumière cette incohérence est aussi un acte de responsabilité.
Bien que l’Union européenne ait ses imperfections, c'est un projet perfectible. Cesser de la blâmer et accepter d'en prendre soin politiquement est fondamental. Dans un contexte de rapports de force, choisir la facilité du renoncement ne protégera en rien, c'est au contraire une illusion que nous ne pouvons nous permettre.







