Bruxelles a récemment redéfini son approche concernant le nucléaire, considéré désormais comme un élément incontournable de sa stratégie énergétique. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a admis que réduire la part du nucléaire était « une erreur stratégique ». Ce renversement de position a eu lieu lors d'un sommet consacré à l'énergie nucléaire à Paris, où elle a soutenu l'initiative de la France qui appelle à un renforcement significatif du soutien à l'énergie atomique en Europe.
Cette évolution de Bruxelles s'inscrit dans un contexte marqué par la flambée des prix des combustibles fossiles, exacerbée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. De même, le chancelier allemand Friedrich Merz a exprimé son regret concernant l'abandon du nucléaire en Allemagne, qualifiant cette décision de « grave erreur stratégique » en résonance avec les préoccupations exprimées par la France.
Face à la concurrence croissante des États-Unis et de la Chine dans le domaine des technologies nucléaires, l'UE oriente ses efforts vers le développement de petits réacteurs modulaires (SMR). Ceux-ci devraient être opérationnels d'ici le début des années 2030. Ursula von der Leyen a également mis en avant des projets de collaboration avec des start-up européennes pour dynamiser ce secteur.
Des projets en mouvement
Actuellement, plusieurs projets de petits réacteurs sont en cours dans plusieurs pays, notamment en Finlande, en France et en Roumanie. L'objectif de l'UE est d'établir des standards communs pour éviter la fragmentation régional du marché. Une garantie de 200 millions d'euros a été annoncée pour soutenir les investissements dans le nucléaire innovant, financée par le système d'échange de quotas d'émission de CO2 (ETS).
Cependant, malgré ces initiatives, le nucléaire continue d’être controversé en Europe. Des pays comme l'Allemagne et l'Autriche défendent une transition vers les énergies renouvelables, où le solaire et l'éolien dominent. En 2024, les énergies renouvelables représenteront 47,3 % de la production d'électricité dans l'UE, tandis que le nucléaire n'atteindra que 23,4 %. Cela soulève des interrogations sur l'avenir énergétique de l'Europe.
Des opinions divergentes
Neil Makaroff, expert en transition climatique au think tank Strategic Perspectives, souligne que « à court terme, l'essentiel des efforts de décarbonation reposera sur les énergies renouvelables ». De son côté, Stéphan Séjourné, commissaire européen à l'industrie, affirme que l'UE « brise les tabous sur le nucléaire », intégrant celui-ci dans sa stratégie industrielle.
Alors que l'UE s'efforce de concilier ses ambitions environnementales et son approvisionnement énergétique, l'horizon s'annonce complexe. Les récents développements pourraient ainsi marquer un tournant dans l'architecture énergétique du bloc, mêlant les énergies renouvelables aux technologies nucléaires.







