Dans l'ensemble de l'Europe, les médias publics tels que les radios et les télévisions subissent des pressions financières et politiques croissantes. Ce phénomène, illustré par la situation en France, témoigne d'une inquiétante tendance qui pourrait redessiner le paysage médiatique européen.
Récemment, Rasmus Kleis Nielsen, professeur en communication à l'Université de Copenhague, a souligné qu'« en dépit des différences entre l'Europe et les États-Unis, des dynamiques similaires sont à l'œuvre ». En effet, tandis qu'aux États-Unis, des coupes budgétaires radicales ont touché des organisations comme NPR et PBS, en Europe, les voix critiques viennent principalement d'extrêmes politiques qui questionnent la légitimité de ces structures financées par les contribuables.
En France, l'audiovisuel public, incarné par France Télévisions et Radio France, fait face à des investigations parlementaires qui l'accusent de dérives idéologiques. Les critiques viennent surtout des membres les plus radicaux du spectre politique, qui cherchent à réduire les financements et à remettre en question le rôle social de ces médias. « Nous assistons à une militarisation de la narrative à l'égard de l'audiovisuel public », explique Julie Allard, experte en communication des médias.
Allemagne, Italie et Royaume-Uni ne sont pas en reste. Par exemple, la BBC a récemment présenté des excuses après des accusations de manipulation de contenu, une situation qui a conduit à la démission de son directeur général. Cette crise a été aggravée par l'émergence de mouvements nationalistes dans plusieurs pays, qui reprochent à ces médias d'être trop ouverts sur les questions de diversité et d'immigration.
En Suisse, la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) a annoncé une réduction de près de 900 postes d'ici 2029, en réponse à des difficultés budgétaires. De même, en Allemagne, le parti d'extrême droite AfD envisage de supprimer la redevance audiovisuelle s'il accède au pouvoir, un projet qui effraie de nombreux défenseurs de la liberté de la presse.
Dans un rapport publié par Reporters sans frontières, des crises économiques, technologiques et géopolitiques ont été identifiées comme des menaces pour l’avenir des médias publics. « Les médias publics sont devenus des cibles privilégiées dans un climat de tension politique accrue », note Laure Chauvel, représentant l'organisme en France.
Les manifestations en Lituanie contre un gel budgétaire de la radio-télévision publique (LRT) en sont un exemple frappant, attirant l'attention sur l'importance cruciale de garantir l'indépendance des médias. Pour éviter de voir se répandre le modèle hongrois, où les médias publics sont jugés sous contrôle gouvernemental, il est impératif de réaffirmer leur rôle démocratique et de garantir un financement stable.
La situation actuelle requiert également une attention particulière sur les géants du numérique qui redéfinissent le paysage médiatique. Selon l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER), des mesures doivent être prises pour s'assurer que les contenus des médias publics soient correctement mis en valeur sur les plateformes dominantes afin de préserver leur pertinence et leur rôle dans l'espace public.
À la croisée des chemins, les médias publics européens doivent donc naviguer dans des eaux troubles. La survie de ces institutions fondamentales passera par une mobilisation des citoyens pour défendre leur importance, mais aussi par une réponse stratégique face aux défis budgétaires et politiques qui menacent leur existence.







