L'or, autrefois symbole de sécurité, traverse une vallée sombre. La fin du printemps annonce pour lui le pire trimestre depuis plus de dix ans, avec une dégringolade de près de 14 % depuis début avril et un total inquiétant de 28 % par rapport à son pic de janvier. Le cours a même franchi le seuil des 4.000 dollars l'once, atteignant 3.943 dollars, un plus bas inédit depuis novembre.
Le retournement est frappant. En janvier, le métal précieux frôlait les 5.600 dollars l'once, soutenu par une frénésie d'achats de la part des investisseurs particuliers. Cependant, avec l'arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale, la donne a basculé. Son discours fort contre l'inflation a convaincu le marché que les taux d'intérêt resteront élevés et pourraient augmenter dans les mois à venir.
"Le principal facteur pesant sur l'or est la perception que le président de la Fed est sérieux dans sa lutte contre l'inflation, ce qui entraîne un recul des cours," a commenté Tom Price, analyste chez Panmure Liberum, pour le Financial Times.
Ce contexte défavorable se traduit par une perte d'attrait de l'or face à des obligations offrant des rendements plus intéressants. Cela a entraîné un désengagement progressif des investisseurs, accentuant encore la correction.
Les choix d'investissement se portent ailleurs
Les experts ne sont pas optimistes pour l'avenir de l'or. Deutsche Bank a abaissé ses prévisions à la baisse de 20 % pour le troisième trimestre, anticipant un prix de 4.300 dollars l'once cet été. Pour sa part, Goldman Sachs a également réduit ses prévisions de 500 dollars, estimant que la fin d'année verrait l'or autour de 4.900 dollars l'once.
Le désengagement des investisseurs est à noter, avec une redirection des capitaux vers des secteurs plus prometteurs, notamment l'intelligence artificielle et les entreprises de technologies. SpaceX, par exemple, a capté une part significative de l'intérêt des marchés, détournant ainsi de précieux flux financiers qui alimentaient auparavant la demande pour le métal jaune.
En outre, les sorties continues des ETF adossés à l'or, un dollar en forte hausse, et un contexte inflationniste moins favorable achèvent de plomber les prix. En Chine, des banques ont même restreint l'accès des particuliers aux contrats à terme sur les métaux précieux afin de limiter l'avidité spéculative, contribuant à une spirale négative.
Des incertitudes mondiales pèsent toujours
Toutefois, l'horizon ne semble pas totalement sombre. Malgré l'atterrissage de certaines prévisions, les prix restent à des niveaux élevés. En janvier 2024, l'once se vendait aux alentours de 2.000 euros, soit presque la moitié du prix actuel.
Des experts conviennent que les achats soutenus des banques centrales pourraient continuer de stabiliser les cours, même si l'attention majeure se porte sur l'évolution de la politique monétaire américaine dans les prochains mois. Les achats des banques ont connu un rebond significatif au cours du premier trimestre, atteignant un niveau record, comme le souligne un récent rapport. Des sondages indiquent que cette tendance pourrait se maintenir.
Il est également essentiel de rappeler les raisons qui avaient conduit à l'essor des prix fin 2025 et début 2026. Face à l'accumulation d'incertitudes, les investisseurs s'étaient rués vers des valeurs refuge. Cependant, ces incertitudes demeurent, avec la poursuite du conflit en Ukraine, les tensions commerciales entre Washington et Pékin, ainsi que la situation au Moyen-Orient toujours instable. Tout cela pourrait maintenir une demande soutenue pour l'or, impulsant ses prix à des sommets inédits.







