Une part significative des zones minières au Venezuela, riche en ressources, est dominée par des groupes criminels et des guérillas, freinant les investissements privés et le retour des entreprises occidentales, malgré un nouveau code minier promulgé par le gouvernement.
Selon Lisseth Boon, auteure de l'ouvrage "Or Malandro", ce phénomène peut être qualifié d'or de sang, la plupart du temps sans révélation de cette réalité sordide au grand public.
Le Venezuela possède non seulement les plus grandes réserves de pétrole, mais également d'importantes ressources en or, diamants, bauxite, coltan et terres rares. Cependant, l'activité minière se concentre sur un vaste territoire connu sous le nom d'Arc minier, s'étendant sur 112,000 km², avec des exploitations dans des régions plus éloignées comme les États d'Amazonie et de Bolivar.
Sur ces zones, les 'syndicats' armés, souvent liés à des mafias ou à des guérillas colombiennes, imposent leur loi, et ce, tant physiquement que localement. La peur règne parmi les habitants, témoignant que tout sujet d'opposition est délicat, comme l'a rapporté une résidente à l'AFP.
D'après de nombreux témoignages, ces groupes prélèvent des taxes sur les localités, amassant des sommes considérables qui sont ensuite protégées des autres criminalités. Les règlements de comptes sont souvent gérés par des sortes de tribunaux, où les sanctions peuvent varier de simples amendes à des violences extrêmes, incluant mutilations et tortures.
Étonnamment, certains habitants voient d'un bon œil la présence de ces groupes, qui, selon eux, ont apporté une forme de paix, comme l'a illustré un témoin d'El Dorado, un célèbre site d'orpaillage. "Avant, trouver une grosse pépite pouvait coûter la vie. Les gangs n'interfèrent pas avec nous", a-t-il affirmé.
El Dorado est dirigé par un leader local, connu sous le nom de 'Pran'. Ce dernier, à l'image d'escrocs célèbres comme Pablo Escobar, bénéficie d'un soutien populaire, ayant entrepris des actions sociales comme la rénovation de terrains de football et l'approvisionnement en médicaments pour les hôpitaux.
Les syndicats, selon ce résident, savent qu'il ne faut pas s'en prendre aux entreprises étrangères qui assurent un flux de revenu direct vers l'État, contrairement aux 90% de la production qui alimente la contrebande vers le Brésil et la Colombie.
D’après le rapport de l'ONG Transparencia, "Exploitation de l'or au Venezuela: dévastation, chaos et corruption", environ 20% de la production annuelle de 68 tonnes d'or est contrôlée par des groupes liés au pouvoir. L'ONG estime aussi que 66% des revenus générés, équivalant à près de 5,5 milliards de dollars, passent entre les mains d'alliances floues entre l'élite politique et des entreprises publiques et privées.
"Les critères de sélection des partenaires restent obscurs, ainsi que les obligations et les chiffres de production", note Transparencia. Étonnamment, bien que la production d'or ait augmenté depuis 2016, les revenus de l'État n'ont pas suivi cette tendance.
Avec l'interdiction des concessions aux multinationales par le feu président Hugo Chavez en 2011, les gangs se sont rapidement alliés pour prendre le contrôle des mines, créant un vide qui leur a permis de se renforcer territorialement.
Les affrontements pour le contrôle minier ont souvent tourné en violence, comme l'indiquent plusieurs bilans tragiques. En 2016, 17 mineurs furent retrouvés tués et abandonnés, illustrant la sauvagerie croissante de ce secteur.
Maintenant, une "gouvernance criminelle" s'est installée, avec des accords tacites entre ces groupes et l'État, facilitant leur ascendance dans un cadre où, bizarrement, le contrôle militaire est également présent. La cheffe enquêtrice de Insight Crime confirme cette domination croissante des syndicats sur le territoire.
Le Syndicat de Las Claritas, par exemple, tire ses bénéfices des taxes sur les activités minières, tout en pratiquant également l'extorsion, prélevant des paiements connus sous le nom de "vaccins" en échange de protection. Pour Lisseth Boon, ces gangs cherchent à maintenir un contrôle total sur la vie quotidienne des citoyens, perpétuant ainsi un système d'"esclavage moderne" qui ne pourra être endigué qu'avec un véritable engagement politique.







