"Cet été, je vais me plonger dans le sujet". C'est ce que déclare Cindy Vuillemain, illustrant l'engagement croissant des chefs d'entreprises, qui devront, à partir du 1er septembre, recevoir leurs factures par le biais de plateformes électroniques. Une réforme qui s'intègre progressivement dans les mentalités.
Mais de quoi s'agit-il précisément ? Les entreprises doivent s'équiper d'une des 140 plateformes agréées par l'État pour recevoir l'intégralité de leurs factures. Actuellement, comme le souligne Sébastien Rabineau, directeur du projet de facturation électronique à Bercy, "la diversité des situations est très forte", avec des factures papier encore largement répandues.
Les 12 000 plus grandes entreprises sont également tenues de soumettre leurs factures via ces plateformes à partir de septembre, une obligation qui sera étendue à toutes les entreprises d'ici 2027.
Pas de report, a confirmé Amélie Verdier, responsable de la direction générale des finances publiques (DGFiP), lors des Journées de la facturation électronique. "Nous sommes conscients que tout ne sera pas parfait au 1er septembre", a-t-elle ajouté.
Une enquête menée par Ipsos et BVA indique que cette réforme s'impose de plus en plus dans le paysage entrepreneurial. En effet, 87% des dirigeants en ont désormais entendu parler, un bond de 19 points depuis octobre. De plus, 57% estiment bien comprendre les enjeux de cette réforme, en hausse de 15 points.
Cependant, ce sont souvent les plus petites entreprises qui expriment des préoccupations face à cette transition. Ces dernières sont inondées de sollicitations publicitaires des plateformes et peinent parfois à faire le tri dans les informations.
Pour répondre à ces préoccupations, l'administration fiscale a lancé une campagne de communication humoristique, suivie d'une série de mails envoyés en avril aux entreprises n'ayant pas encore fait leur choix. Ces communications incluent un numéro de téléphone gratuit pour les aider dans leur démarche.
Le rôle des 22 000 experts-comptables sera essentiel. Ces derniers, en contact direct avec 3,5 millions d'entreprises, ont même mis en place un site dédié, "mafacture-monexpert", pour orienter les entrepreneurs.
Toutefois, comme l'a averti Damien Charrier, président du Conseil de l'ordre des experts-comptables, bien que cela soit essentiel, "nous ne pourrons pas accomplir 100% du travail". Il met ainsi en avant la nécessité d'une mobilisation collective pour accompagner les plus petites entreprises dans cette transition.
À l'approche du 1er septembre, l'État se montre prêt à faire preuve de patience avec ceux qui auraient des difficultés, mais les récalcitrants pourraient faire face à des sanctions. En effet, un mail sera envoyé à ceux qui ne se seront pas conformés, les invitant à justifier leurs retards, avec des possibles amendes pouvant atteindre 1 000 euros.
Cette réforme, qui s'inscrit dans la directive européenne ViDA sur la TVA numérique, suscite des inquiétudes. Certains craignent que l'État puisse surveiller en temps réel les finances des entreprises. Des figures politiques, à l'instar de Nicolas Dupont-Aignan, appellent à un moratoire, tandis que Florian Philippot évoque des menaces sur la vie privée.
Cindy Vuillemain, responsable d'un entrepôt de logistique éco-responsable en Isère, a choisi de prendre le taureau par les cornes, souhaitant simplifier sa gestion de facturation. "Nous avons consulté notre comptable et notre réseau de franchise nous aide à explorer diverses options", confie-t-elle. Toutefois, elle admet que pour ceux moins familiers avec ces outils, la transition peut sembler ardue.
"De toute manière, on n'a pas le choix, alors autant mettre notre énergie ailleurs que de dire 'non'", conclut-elle, illustrant ainsi l'esprit de pragmatisme qui semble prévaloir chez de nombreux entrepreneurs face à cette réforme indispensable.







