Des histoires poignantes émergent de l'affaire Saint-Genès à Bordeaux, poussant à la lumière un passé sombre d'abus sexuels vécus par de nombreux élèves. Quatre hommes, ayant fréquenté cet établissement privé entre les années 1960 et 1990, témoignent des violences qu'ils ont subies, mettant en avant un système qui a longtemps protégé les agresseurs.
François Parrot, un ancien élève devenu entrepreneur, décrit une expérience dévastatrice : "Les costauds prenaient des coups, les freluquets comme moi, des câlins. Vous ne guérir jamais." Sa scolarité, entre 1965 et 1973, a été marquée par des attouchements d'un enseignant qui a inversé la culpabilité, culpabilisant sa jeune victime. "Quand je m’en suis ouvert, il m’a dit : ‘de nous deux, on sait très bien qui est le pédé’", se remémore-t-il.
Ce cas n'est pas isolé. Un instituteur nommé Gilles Delignac est actuellement poursuivi pour des abus sur 36 enfants entre 2008 et 2023. Mais sous la surface, les témoignages révèlent un réseau de silences et de complicité qui remonte à plusieurs décennies. D’autres anciens élèves, comme Paul, ont soulevé des souvenirs d’agressions similaires, mettant en lumière l'absence de réaction face à des comportements connus de certains membres du personnel éducatif.
Christian, un autre ancien élève, raconte : "Tout le monde était au courant mais personne n’a ouvert sa bouche. Mes propres parents ne m’ont pas cru, tout comme l’école. Les jeunes garçons étaient manipulés, souvent par des figures d’autorité, ce qui rendait la situation encore plus insupportable. Il s'agit d'abus, de la vulnérabilité d'enfants laissés sans défense." Des enquêtes, telles que celles du journal Sud Ouest, mettent en lumière non seulement la douleur des victimes, mais aussi une critique virulente du système éducatif qui a longtemps fermé les yeux.
L'angoisse ressentie par ces enfants est amplifiée par la culture de l’omerta qui semble avoir régné au sein de l’établissement. "J'ai subi des fellations et attouchements pendant trois ans", confie Philippe, un ancien élu municipal. "Ce n’est qu’à l’âge adulte que j'ai compris l’horreur de ce que j’ai vécu, doublée du sentiment de honte qui m'a accompagné si longtemps. Le silence tue", déclare-t-il, en soulignant l’importance de partager ces histoires pour briser le cercle de la honte.
Les révélations de ces victimes appellent à une réflexion sur la responsabilité collective des institutions face à de tels drames. "Le silence complice a causé des souffrances innombrables", souligne un expert en psychologie infanto-juvénile consulté par Le Monde. Les anciens élèves de Saint-Genès, en visant une guérison et en partageant leurs récits, espèrent encourager d'autres victimes à parler et à dénoncer des abus similaires, créant une dynamique vers la justice et la prévention.
Alors que le procès de Gilles Delignac se prépare, la communauté bordelaise est appelée à se poser des questions difficiles sur la protection de ses enfants et la vigilance nécessaire dans les établissements scolaires. À travers le traumatisme commun qu'ils partagent, ces anciens élèves rassemblés pourraient bien être la voix du changement tant attendu.







