Depuis des décennies, le Japon et la Corée du Sud ont su tirer parti du marché des jeux vidéo, non seulement comme une source de revenus, mais aussi comme un puissant vecteur de soft power. Bien que leurs approches diffèrent considérablement, les deux pays illustrent l'impact énorme de cette industrie sur leur influence culturelle à l'échelle mondiale.
À Tokyo, Akihabara s'impose comme le cœur vibrant de la culture numérique japonaise. Les rues sont bordées de boutiques consacrées aux jeux vidéo, de salles d'arcade et de cafés thématiques, créant une atmosphère où l'innovation technologique rencontre la tradition culturelle. Comme le souligne Olivier Mauco, chercheur en sciences politiques, « le Japon exerce une influence mondiale sans stratégie explicite, tout en façonnant des générations entières grâce à des franchises comme Mario et Pokémon ». Ces jeux ne sont pas seulement des succès commerciaux; ils incarnent une véritable exportation culturelle, véhiculant les imaginaires et les valeurs nippones bien au-delà de ses frontières.
En face, la Corée du Sud, tout en partageant des racines historiques similaires, adopte une méthode plus structurée et organisée. Après la crise financière asiatique de 1997, le gouvernement coréen a investi massivement dans les technologies numériques, favorisant ainsi la croissance des cybercafés et, par conséquent, l'émergence de l'e-sport. Selon des études, la Corée du Sud est aujourd'hui le quatrième marché mondial du jeu vidéo, soutenu par des institutions comme la KeSpA pour l'e-sport. « Le pays a compris que la culture numérique pouvait devenir un levier puissant d'influence », déclare Mauco. La Corée a ainsi bâti son leadership mondial dans l'e-sport grâce à des investissements étatiques judicieusement orientés.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : la Corée du Sud est un leader indiscutable de l'e-sport, avec un marché dynamique en pleine expension. En 2023, le secteur a atteint 190 millions de dollars, et les prévisions indiquent une croissance continue, soutenue par des sponsors et des investisseurs. La culture e-sportive sud-coréenne est telle que de nombreux compétiteurs internationaux viennent s'y entraîner. Un voyage en Corée pour un passionné de jeux vidéo est comparé à un pèlerinage pour un amateur de football au Brésil.
En somme, que ce soit par le biais du développement spontané de ses franchises, comme au Japon, ou par une approche stratégique renforcée, comme en Corée du Sud, les deux pays montrent comment le secteur des jeux vidéo peut transformer non seulement des marchés mais aussi l'image culturelle d'une nation. Ces efforts illustraient parfaitement comment le soft power peut être façonné par des industries créatives de grande envergure. Selon les experts, le jeu vidéo constitue désormais un ambassadeur des cultures japonaise et coréenne avec un potentiel de rayonnement inégalé.







