Un ballet incessant de camions acheminant des milliers de tonnes d'argile marque la reconstruction des digues dans le Lot-et-Garonne. Plus d'un kilomètre de ces ouvrages, fragilisés lors des crues de février, fait l'objet d'un effort de réfection dont le coût s'élève à plusieurs millions d'euros, pesant sur les finances locales.
À Sénestis, un village près de Marmande, une brèche de 140 mètres s'est créée à cause d'une combinaison de la pression du fleuve et de la montée des nappes phréatiques. Ce chantier, entamé en avril, vise à restaurer la digue tout en intégrant de nouveaux matériaux, comme l'explique Xavier Durramps, responsable des travaux. "Cette digue, conçue sous Napoléon III, va être remplacée par une structure plus robuste," déclare-t-il.
Pour remplir le trou, 25 camions livrent quotidiennement près de 2.000 tonnes d'une argile spéciale, réputée pour sa solidité. "Ce matériau est moins sujet aux changements de volume, ce qui la rend plus durable," souligne M. Durramps.
En février, la Garonne a connu sa plus forte crue depuis 20 ans, atteignant un niveau record de 10,35 mètres à Marmande, aggravée par la tempête Nils. Pendant plus de quinze jours, la région fut immergée, marquant un historique depuis 1952, ce qui a conduit à la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour vingt communes. De plus, 500 personnes ont dû être évacuées, et une exploitation agricole sur cinq a subi des dommages.
Denis Duteil, maire de Taillebourg et élu à la communauté de communes du Val de Garonne, témoigne : "Neuf digues ont cédé sur une longueur totale de 1,4 kilomètre," précisant que l'une d'elles, à Villeton, a lâché sur 250 mètres.
Face à l'urgence de protéger les terres contre de nouvelles inondations, la collectivité souhaite construire des digues d'une solidité inédite, car les installations plus anciennes n'ont pas su résister à cette poussée des eaux.
Les travaux, d'une durée prévue jusqu'à l'automne, impliquent une dépense de près de huit millions d'euros, un poids significatif pour le budget de l'intercommunalité déjà affaibli. Les inondations de 2021 avaient déjà généré environ six millions d'euros de réparations. "Nous n'avons pas les moyens," précise l'élu, qui a sollicité un soutien financier de l'État, de la Région et de l'Agence de l'eau, sans encore de confirmations sur les aides.
Françoise Gatel, ministre de l'Aménagement du territoire, a plaidé pour une "évaluation" de la taxe Gemapi, levée pour l'entretien des digues depuis son transfert aux intercommunalités en 2024. Sur le Val de Garonne, la plaine se trouve inondée sur trois à six kilomètres avec des ramifications étendus : 13.000 hectares de terres agricoles et 82 sites sensibles menacés.
Sonia Quendolo, maraîchère à Sénestis, raconte la perte de plus de 6.000 m² de serres de fraises hors-sol durant ces événements, une partie de sa production de kiwis ayant également été submergée. "À notre retour, ce fut un choc," témoigne-t-elle, tout en envisageant une reconstruction de ses serres avec des techniques améliorées, espérant que la nouvelle digue saura résister aux défis futurs.







