La pression s'intensifie autour de l’affaire Lyhanna. Avocats, autorités et gouvernement ont exprimé des préoccupations mardi, en critiquant ouvertement le système judiciaire, tout en admettant des lacunes et en promettant des réformes substantielles.
À Fleurance, l’avocat des parents, François Roujou de Boubée, a pointé du doigt le manque d'effectifs et de ressources au sein de la justice, le qualifiant de « réels problèmes ». Ses déclarations font écho à celles d’Emmanuel Macron, qui a affirmé ne pas vouloir entendre « d’excuses liées aux moyens disponibles » dans ce contexte. Sur le terrain, l'avocat a dressé un tableau alarmant de la situation : « J’ai été témoin de gendarmes, policiers, magistrats et greffiers submergés par un excès de dossiers à gérer. » Il poursuit en dénonçant le manque de matériel, disant que certains se battent pour des fournitures basiques. De plus, il remet en question l'efficacité de l'initiative visant à analyser rapidement 70 000 plaintes, la qualifiant de « poudre aux yeux », impossible à accomplir sans compromettre la rigueur du travail judiciaire.
Reconnaissances et critiques au sommet de l'État
Face aux critiques croissantes, la gendarmerie a admis ses carences. Dans une interview au journal TF1, Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale, a reconnu « un échec » et des problèmes de délais d’enquête « inacceptables ». Emmanuel Macron a également souhaité exprimer « la détermination du gouvernement », apportant son soutien aux familles touchées par ces tragédies. L’affaire soulève également de nouvelles actions juridiques : l’avocat de la mère d’une enfant ayant dénoncé des abus répétés par Jérôme B., sans qu'il ait été entendu, envisage d’intenter une action contre l’État pour « faute lourde ». Les autorités sont accusées de « mise en danger de la vie d’autrui » et de « non-assistance à personne en danger ».
Lors d'une conférence de presse, Pierre Debuisson a décrié « l'hypocrisie » des discours politiques, tout en rendant hommage à ceux qui s'investissent véritablement, soulignant que la plupart des magistrats et enquêteurs sont en réalité passionnés par leur travail. À ses côtés, une mère, émue, a exprimé son incompréhension : « Si je n’avais pas déménagé, ma fille aurait pu être à la place de Lyhanna. » Sa plainte, déposée en août 2025, a pris un nouveau sens à l’annonce de l'implication de Jérôme B. dans cette tragédie.
Le gouvernement en réponse aux revendications populaires
Suite à une réunion d'urgence, le Premier ministre Sébastien Lecornu a proposé des mesures visant à alourdir les peines pour les violeurs d’enfants, proposant la réclusion à perpétuité en lieu et place de 20 ans. Il a également évoqué la nécessité d’apporter des réponses rapides aux crimes touchant les mineurs, avec un engagement à réduire le délai d’instruction à trois mois. Quatre des mesures discutées seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants, attendu au Parlement le 15 juillet.
Le gouvernement fait face à une forte pression, exacerbé par les manifestations de plus de 60.000 personnes dans plusieurs villes de France, réclamant des comptes sur l’inaction des autorités. Malgré les appels récurrents au changement, le ministre de la Justice a refusé de démissionner, étant entendu au Sénat aux côtés de son homologue de l’Intérieur.
Le gouvernement a réaffirmé sa confiance « en l’ensemble des professions judiciaires », face à la stigmatisation dont souffrent de nombreux magistrats. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a également demandé aux forces de police et à la gendarmerie de prioriser les enquêtes sur les violences sexuelles faites aux mineurs.







