Deux études publiées le 9 juin 2026 révèlent une croissance alarmante des investissements dans les arsenaux nucléaires. Bien que le nombre total d'armes diminue, leur déploiement s'accélère dans un climat international tendu.
Une nouvelle course aux armements nucléaires se profile, avertit la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN). Les neuf nations possédant l’arme nucléaire, incluant les États-Unis, la Russie, et la France, ont investi environ 119 milliards de dollars l’an dernier, un chiffre record qui représente une augmentation de 19 % par rapport à 2024.
L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) a également publié un rapport le même jour, soulignant l’intensification du risque nucléaire dans le contexte de tensions géopolitiques croissantes. « Je suis terrifiée », déclare Susi Snyder, directrice des programmes de l’ICAN, ajoutant que le niveau de menace a considérablement augmenté.
Emmanuelle Maitre, spécialiste des questions nucléaires à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), cite plusieurs causes à cette flambée des dépenses : « La dissuasion nucléaire doit rester crédible, ce qui nécessite une modernisation en réponse aux nouveaux systèmes de défense antiaériens. »
Plus de 12 000 ogives dans le monde
À l’échelle mondiale, les puissances nucléaires détiennent 12 187 ogives, dont 83 % sont contrôlées par les États-Unis et la Russie. Ces deux pays comptent chacun plus de 5 000 têtes nucléaires. Selon le Sipri, la tendance à la diminution des stocks d'armes nucléaires pourrait bientôt s’inverser, tant le rythme du démantèlement ralentit alors que le déploiement de nouvelles armes s’accélère.
La fragmentation des systèmes de contrôle des armes stratégiques et l’escalade des rivalités entre grandes puissances sont des sources croissantes d’anxiété. « Depuis la fin de la guerre froide, les accords de réglementation ont permis une réduction significative des arsenaux, mais de tels traités, comme le New Start, ont disparu », explique Emmanuelle Maitre.
la chine, un désir de puissance
La Chine, quant à elle, est la puissance au développement d’arsenal nucléaire le plus rapide, passant de 250 ogives en 2020 à 620 aujourd'hui, avec des projections prévoyant plus de 1 000 têtes d’ici 2030. « La Chine prétend aujourd’hui rivaliser avec les États-Unis, alors qu’elle ne considérait pas il y a peu l’expansion de son armement nucléaire comme une priorité », constate la chercheuse de la FRS.
Actuellement, Pékin ne dispose pas encore de capacités défensives suffisantes face à une administration américaine résolue dans sa modernisation, poursuit-elle.
Les investissements significatifs des États-Unis, s’élevant à 69,2 milliards de dollars en 2025, illustrent leur objectif de modernisation plus que d’expansion d’ogives nucléaires.
dissuasion avancée de la france
En France, Emmanuel Macron a récemment abordé la question nucléaire en annonçant une nouvelle doctrine de dissuasion avancée. Cette stratégie implique un accroissement du nombre d’ogives, sans divulguer leur quantité.
Une grande proportion du budget de dissuasion en France est destinée à la modernisation des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, note Emmanuelle Maitre. Elle explique qu’« il y a toujours eu la conviction d’investir dans le renouvellement, qui était déjà programmé ». La chercheuse conclut que, par cette annonce, la France s’inscrit dans une dynamique globale où la compétition stratégique prime et pourrait viser à dissuader plusieurs adversaires simultanément.







