Perdue dans la tourmente d'Ebola, la République démocratique du Congo (RDC) fait face à une crise sanitaire sans précédent. Une jeune femme arrive à l'hôpital de Rwampara, épuisée, sur une moto, symbole d'une aide absolument insuffisante. Le pays a déclaré le 15 mai une nouvelle épidémie due au virus Bundibugyo, touchant déjà des centaines de victimes sans qu'aucun vaccin ou traitement spécifique ne soit à disposition.
Avec plus de 900 cas suspects et 220 décès déjà signalés, les véritables dimensions de cette épidémie demeurent obscures. Les données peuvent être alarmamment sous-évaluées, d'après les autorités sanitaires internationales. « Nous faisons face à une immense incertitude », a affirmé un responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Ce drame devient personnel pour les proches des malades. L'une d'elles, licenciée d'accouchement, montre des signes de maladie aiguë, comme une forte fièvre et des hémorragies. Sa sœur raconte que la famille, dans l'ignorance, a d'abord cru à une simple malaria, désespérément tentant des traitements traditionnels avant de se rendre compte de la gravité de la situation.
Dans cette région orientale de l'Ituri, souvent troublée par la violence de groupes armés, les services de santé font cruellement défaut. « Les gens se débrouillent avec les motos pour transporter les malades », déplore Dieudonné Sezabo, membre du personnel médical à Rwampara, soulignant le manque d'ambulances.
En raison de l'absence d’infrastructure adéquate, les effectifs de l'hôpital se voient contraints d'évacuer des patients non liés à l'épidémie pour établir des zones d'isolement pour les malades d’Ebola. Cela ne fait qu’ajouter à la panique au sein de la population.
Des manifestations se sont intensifiées lorsque des jeunes ont incendié les tentes d'isolement de l'ONG Alima. Cela soulève de graves inquiétudes quant au recul de l'épidémie, car certains malades pourraient avoir quitté l'isolement pour rejoindre leur communauté. « Notre priorité reste de convaincre ces personnes de réintégrer le traitement », exprime le Dr Isaac Mukengi, qui dirige l’établissement.
Cette situation fait aussi appel à la collaboration. Pierre Boisselet, directeur de l’institut de recherche Ebuteli, soutient que « la confiance est cruciale pour le respect des mesures de sécurité et de traitement ». La guerre constante dans cette région fragilisée rend cet aspect plus complexe.
Les soignants s’efforcent d'établir un lien avec les familles des malades, conscients de l'importance de ces interactions. Ganoi Lamissa, d'Alima, insiste sur le fait que « rassurer les familles aide également à encourager les malades à se faire soigner ». La lutte contre Ebola en RDC est plus qu'une guerre sanitaire; elle est une épreuve d’humanité contre l'angoisse et l'absence de ressources.







